• S.Ch.

Terreur

Mis à jour : juil. 23

Le réveil sonne à 6 a.m. comme tous les matins. Comme d'habitude, il met un peu de temps à se lever. Il désirerait rester au lit quelques heures de plus. Son corps est lourd et ses articulations grincent sur le chemin jusqu'au toilet.


Il prend sa douche et s'habille avec la chemise bleu, la cravate, les pantalons noirs. Il a trois rendez-vous importantes et puis l'entretien hebdomadaire avec l'équipe d'abord et son responsable après. Il espère avoir une augmentation bientôt, ou peut être ce jour, qui sait.


Son esprit est ailleurs et sans prêter assez attention il prend son petit déjeuner. C'est alors qu'il sent quelque chose dans la poitrine.


Il s'arrête, la main droite frottant son sein, il se dit que c'est bizarre, cette malaise. Il ne peut pas expliquer ce qu'il ressent. C'est une sensation de mal être, comme une petite angoisse.


En ce moment sa main gauche descend la tasse de café sur la table et un acte reflet du corps fait que le geste soit trop brut. Le café part dans tous les sens comme une explosion. Sa chemise bleu est remplie des taches de couleur marron et toute la cuisine est sale.


Sans perdre du temps il change à une autre chemise en se disant que tout cela était bien étrange. Or, il ne s'arrête pas plus que cela, il ne veut pas être en retard pour son travail.


Il sort et décide que sera une bonne idée de marcher. Il jette un oeil au ciel : il y a quelques nuages mais il ne pleuvra probablement pas. Le vent est froid. Certainement un peu d'air frais et une promenade jusqu'au travail le feront du bien.


Il entend un fort bruit comme si un grand bloc de fer serait tombé quelque part de plusieurs étages. Probablement d'une construction pas loin.


Le vent souffle un peu plus fort et le froid pénètre à l'intérieur de son costume. Il aurait du prendre un manteau, même si c'était l'été. Les températures ne respectaient plus les saisons avec le réchauffement global.


Des gouttes lourdes commencent à tomber sur les rues. Leur son est soudain et bruyant. Le coeur se serre dans sa poitrine. Les cheveux frisent. Était-ce une tempête ? Allait- il arriver à son travail en temps ?


Un grand tumulte se lève quelque part et il entend des bruits de voitures qui freinent et des klaxons qui commencent à sonner soudainement. Avait-il eu un accident ? Devait-il aller voir s'il pouvait faire quelque chose ?


L'eau l'avait trempé en quelques secondes, il allait présenter une image lamentable pour ses réunions.


Le vent était toujours très froid mais il commença à avoir chaud. C'est bizarre, il pense, rien ne semble cohérent ce matin. Et puis les oiseaux commencent à proférer des cris persistants, aigus, gênants. Il leva les yeux mais ne les voit pas. Le ciel est devenu gris, il ne voit pourtant pas des nuages, il regarda autour et le paysage est gris, fané.


Il remarqua qu'il n'a pas encore croisé personne ce matin et le scénario lui semble d'un coup sordide, sombre, suspect. Qu'arrivait-il ce matin ? Pourquoi son coeur commençait à s'étirer dans sa poitrine comme ayant envie de s'enfuir ?


Ses yeux bougent plus vite autour de lui en essayant de trouver une explication rationnelle : c'était soit une catastrophe naturelle, soit son imagination, soit le stress, soit un rêve.


Il était bien réveillé pourtant. L'eau torrentielle s'arrête aussi soudainement qu'elle n'avait commencé. Néanmoins le bruit continue : comme des pierres qui tombent et choquent contre le sol. Des gouttes de sueur commencent à parcourir son dos. Ses os craquent à l'intérieur de son corps. La sensation de vouloir fuir croît mais ce n'est pas sa chair qui veut courir c'est son être qui veut échapper de son propre emballage des tissus et tendons.


Il commence à jeter des regards un peu dans tous les sens, il continue à ne voir personne et l'idée de rentrer à la maison le traverse l'esprit. Il regarde en arrière et il voit avec épouvante que les bâtiments sur le chemin qu'il vient de faire ont commencé à tomber.


Des cris de gens qu'il ne voit toujours pas commencent à résonner dans ses oreilles. Il sait, même s'il ne les voit pas, que des gens sont en train de courir. Des voix se lèvent et s'appellent les uns les autres et disent des choses qu'il ne comprend pas. Il est paralysé. Sa tête ne peut pas comprendre ces secondes qui s'écoulent lentement. Il ne peut pas prendre une décision, il ne sait pas quoi faire s'il ne comprend pas ce qui se passe.


Un cri très, très fort devant lui le sort de sa stupeur : un homme est écrasé sous un cheval qui est tombé mort. D'où est sorti ce cheval ? Il se rapprocha pour aider l'homme mais quand il arrive à son côté il est déjà mort.


Il recule horrifié et quand il regarde en face son coeur arrête de battre devant la scène qui se déroule devant lui :


Les gens sont atterrés et courent loin les uns des autres, quelques uns ont des armes et frappent tout ce qui traverse leurs chemins. Des feux dans tous les coins forment une fumée abondante et asphyxiante. La terre tremble. Il lui semble voir un animal sauvage, comme une espèce de grand singe, en train de dévorer un chien.


Sa gorge est sèche. Sa respiration est coupée. Où est-elle la police ? Les pompiers ? Il y a des cadavres, des morts, des écrasés, des brûlés, des assassinés. Il y a des gens seuls qui crient, qui fuient, qui vont nulle part, qui ne savent pas, comme lui, quoi faire.


Il observe tout cela avec le souffle retenu.


Tout d'un coup il voit une petite fille, de deux ans peut être qui se tient debout au milieu de la rue. Pas loin d'elle la terre s'est ouvert en formant une grande fosse. Il cherche rapidement pour voir si sa mère ou son père sont quelque part près. Personne ne la cherche, personne ne la garde.


Sa robe de couleur rose est effilochée comme si on aurait voulu le lui en prendre et on aurait tirée d'elle.


Le bruit autour est trop fort et chaotique or ses yeux restent fixés sur la petite fille qui, comme lui, ne bouge pas. Tout la foule courant à droit et à gauche. Des coups de feu résonnent dans leurs oreilles. Il entend le bruit du métal s'insérant dans le corps et le cri d'un homme. Ou était-ce d'une femme ? Il y a des explosions, des bruits métalliques, des bruits de fer choquant.


Il entend quelqu'un s'approcher et quelque chose lui pousse à vouloir protéger cette petite fille. Il court vers elle et la prend dans ses bras. Quelqu'un lui cria très près de l'oreille, il ne comprend pas mais le son du cri est sinistre et affreux.


Il prend la petite qui se laisse emporter dans ses bras. Son poids lui frappe. Il se sentait tellement légère jusqu'à l'avoir touchée il avait l'impression de ne plus être là physiquement. Et maintenant ses peaux chaudes étaient l'une contre l'autre. Sa chemise était déchirée.


Il ne sait pas où il allait. Une chaleur très forte les frappe d'un coup. Une force les impacte et les propulse dans l'air. Une rafale violente arrache la fille d'entre ses bras.


Son corps est tendu contre le ciment il réussit à peine à se lever. Tout brûle : sa tête, ses yeux, son nez, sa peau. Il essaie de trouver la petite mais elle est disparue. Il ne peut pas la sauver.


L'air est lourd, c'est difficile de respirer. Chaque bouffée est toxique. Il se met à genoux. Il regarde ses mains. Il voit avec horreur qu'ils sont à vif. Il est tellement étourdi qu'il ne sait pas identifier s'il a mal. Il lève les yeux. Il a du mal à voir avec le reflet d'une lumière intense entre la fumée et la brume. S'arrêtera cet effroi ? Peut être ça ne s'arrêterait jamais.


Et il ressent dans tout son corps en cet instant, le traverser entièrement, une terreur éternelle.



Crédit Photos: Tabitha Turner

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