• S.Ch.

Rien ne m'émerveille

J'ai juste envie de courir pour laisser derrière le goût amer du non-sens.

Les repas sans sel.

Les regards froids, les sourires sans âme, les lèvres desséchées par de paroles sans vérité.


Je prends un verre, puis deux.

Je cligne les yeux sous la forte lumière, elle change de couleur, elle s'arrête. Elle devient insupportable. Elle apparaît puis elle disparaît. Je ne vois plus rien. Je ne veux plus rien voir.


L'odeur est aussi insupportable. Le bruit aussi; insupportable. Les bras, les jambes, partout des corps qui me poussent et je trouve leur proximité insupportable.


Leur toucher me insupporte. Tout me insupporte. Toute cette musique, tout ce va-et-vient. La fluctuation de mes pensées m'insupporte à un point insupportable. Je regarde à droit, elle est jolie. Je regarde à gauche, je bois un coup. Je ne sens même plus le goût. Ça sent fort et puis ça tourne la tête; ça détend les muscles de mon visage et relâche mon esprit.


Je ne veux plus être là mais je ne me vois pas quelque part ailleurs non plus. Où aller ? Il n'y a plus de lumière. Elle tourne. Je ne vois pas, je ne vois plus rien.


Et la vie ? Et ses merveilles ? Et ces couleurs magnifiques dont un jour j'ai rêvé ?

Plus aucun baiser ne me ravive.

Plus aucune promesse ne me anime.


La beauté ? L'amitié ? L'amour ? Plus rien ne me transperçe. J'ai perdu le sens de l'orientation. Mes sens étourdis, ma volonté affaiblie. Comme un insensé, je me balance au rythme de la musique infernale. Dans l'obscurité, j'avance en tâtant, en trébuchant, en glissant. Je perds mon équilibre mais rien de tout cela ne m'importe vraiment.


Ma langue est lourde et balourd, ma voix cassée. Des yeux me regardent, j'en ai perdu l'intérêt. Une main me prenne, je l'arrache avec fermeté, sans délicatesse, à la hussarde. Qui voudrait un roseau brisé ?


Chanter ? Danser ? Moi je voulais tout vivre. Ce sol a brûlé mes pieds; la lassitude a arraché la peau de mes os.


Où est la lampe pour mes pieds fissurés ? Je m'en fous ! Je l'ai jetée !

Car je cherche dans le noir engendrant mon aveuglement.

Je ne vois plus rien.

Rien de couleur vraies.

Rien de gai.

Rien qui me dit: regarde moi.

Rien ne m'émerveille. Que vais je faire ?


Où trouveras tu un splendeur pareil ?

Il n'y en a point ailleurs.

Il n'y a qu'un seul, Merveilleux.

Ton nom, le seul capable d'éblouir mon être.

Qui suis-je pour contempler une grâce pareille ?

Toi, et toi... où es tu aujourd'hui ?

Je ne te trouve pas, et rien ne m'émerveille plus.


Crédit Photo: Jasmin Sessler

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