• S.Ch.

Le jour où je l'ai rencontré

Je marchais dans la rue me rendant quelque part. Je portais une robe légère, je marchais la tête dans les nuages.


Je souriais sans doute en me rappelant de quelque chose rigolote quand tout d'un coup il est sorti de nulle part et a failli m'écraser avec une grande boîte à fruits. Il a certainement dû faire d'énormes efforts pour tout gérer au même temps: ne pas tomber, ne pas me faire tomber, ne pas faire tomber la boîte, garder l'équilibre, garder le contrôle, garder les fruits.


Puis son oeil m'a vu le fulminer avec un regard indigné et il a échoué: il a perdu le contrôle, l'équilibre et il a fini par faire tomber tous les fruits par terre.


On est resté tous les deux quelques instants debout en train de regarder la catastrophe autour de nous avec l'air étonnés. Et puis instinctivement nous nous sommes baissés pour ramasser les quelques fruits qui n'avaient pas explosé après la chute.


- Oh ne t'en fais pas, merci. Je ne t'avais pas vu, excusez moi, dit-il avec un timbre de voix qui me surprend. Était-il en train d'insinuer que c'était de ma faute ?! Il ne pouvait pas arrêter de me regarder sans faire aucune attention à ce qu'il faisait. Je ne comprenais pas.

- Pas grave... je suis désolée pour toutes ces fruits.

- Oui, c'est bien dommage c'était pour une collecte bénévole ! Aïe, aïe, dit-il en jetant encore un regard dans mon direction.


Je me suis relâchée. Ce n'était certainement pas quelqu'un de genre à se moquer des autres s'il faisait du bénévolat, non? Et puis qu'il était beau ! Que son regard était doux ! Pourquoi avait-il perdu l'équilibre quand nos yeux s'étaient rencontrés ?


- Ah oui ! C'est bien dommage ça ! Je suis vraiment désolée !

- Ne t'en fais pas ce n'est pas de ta faute, j'aurais du regarder avant de descendre du camion.

- Oui, c'est vrai que tu es sorti de nulle part. Tu m'as surpris !

- Toi aussi, dit-il en arrêtant de ramasser les fruits et en me regardant directement dans le visage. J'ai un peu rougit sous son regard. II avait un regard intense et intelligent qui me scrutait avec une curiosité vive.

- Mais non, je marchais normalement...- Ai-je à peine balbutié, interloquée par son regard persistent. J'ai eu l'impression que je souriais sans motif. Quoique je trouvais toute cette situation assez drôle: tous les deux penchés, par terre, tous ses couleurs autour. Un bénévole qui attendait quelque part des fruits un peu écrasés.

- Tu veux aller prendre un café ?, me demanda-t-il soudainement. J'ai vu que maintenant ses yeux semblaient complètement intéressés à ma bouche souriante - de quoi rigoles tu ?, a-t-il ajouté avant que je ne puisse lui répondre.

Je le regarde avec les yeux grands ouverts. Il était sérieux là? Avec toutes ces questions. Mais que j'avais envie de lui dire oui !

- Attends, excuse moi, dit-il et il se dressa et tende sa main vers moi. Je hésite deux secondes avant de l'accepter. Nos mains se sont à peine touchées mais j'ai senti des frissons traverser le long de mon dos. - Je suis Lucas et normalement je ne lance pas des fruits aux belles filles pour les inviter à un verre. Aujourd'hui, je me suis dit que j'allais être originel. Je ne peux pas accepter un non donc. Vraiment, je dois savoir ton prénom avant d'aller prendre ce café, une glace si tu veux !

- Mm, bon courage avec la suivante belle fille alors ! T'iras prendre la glace avec elle, dis-je en rigolant dans mon for intérieur. J'étais un peu fière quand même.

- Il n'y aura aucune autre après toi. Je suis sûr, dit-il avec une simplicité et une conviction étonnantes.

- Ah bon ?, j'étais surprise de sa réponse si directe. Que j'aimais son prénom !

- Il ne peut pas avoir une plus belle femme, dit-il à plaisanterie avec un sourire espiègle. Mais il avait aussi l'air sérieux. Ses yeux m'invitaient à le regarder tout le temps.

- Mais tu ne peux pas être sérieux. Tu parles comme ça !, je ne savais pas du tout si rigoler, si lui dire oui tout de suite ou si bien garder mes distances. Il avait l'air d'être un vrai joueur ! Mais il avait au même temps des yeux si gentils... Incroyablement beaux et gentils. Que je le trouvais charmant !

- Dis moi ton prénom, insista-t-il doucement. Et je ne put plus résister le ton de sa voix qui exprimait un mélange de tendresse et sûreté.

- Hélène, dis-je en sentant ma bouche sourire toute seule.

- Hélène - il regarda encore mon sourire et avec l'air heureux il me sourit en retour - il n'y a pas une plus belle femme que toi, Hélène. Veux tu boire un verre avec moi ?


Je lui regarda quelques secondes, étonnée. Il me souriait avec sincérité. Il avait l'air tranquille, il avait demandé avec calme et il avait parlé de manière posé. J'ai vu dans ses yeux qu'il me regardait avec franchise. Et le timbre de sa voix était tellement apaisant... J'aurais pu dire que son intérêt était honnête. En silence j'ai vu ses yeux se promener sur mes joues et mes paupières, descendre la courbe de mon front et puis mon nez jusqu'à mes lèvres. À l'intérieur de moi un grand "oui" résonnait très fort mais je hésita encore. Nerveuse, j'ai mordu ma lèvre sans savoir quoi dire.

- Ah non.

- Quoi ?

- Ne fais pas ça, s'il te plait.

- Quoi !?, j'ai encore ouvert les yeux alarmée. Qu'est-ce qu'il avait maintenant ? Il me regardait avec un semblant que je trouve sérieux, curieux et complètement ébloui tout à la fois.

- Ça, dit-il en signalant ma bouche - Ne mord pas ta lèvre; c'est trop tentant.


Je rougis jusqu'aux oreilles. Mon coeur se mit à battre un peu plus fort dans ma poitrine. Il était dangereux ce garçon...Je le savais. Mais qu'est-ce que j'avais envie de me retrouver entre ses bras. Il m'inspirait paradoxalement une grande confiance. Moi aussi j'étais très curieuse... qui était il ? Mes yeux avaient déjà repéré ses épaules, les muscles de sa poitrine, ses traits. Qu'il était beau ! Le serait-il aussi à l'intérieur comme ses yeux me montraient ?


- Tu ne m'a pas dit de quoi tu rigolais tout à l'heure, dit-il avec curiosité.

- De nous deux à genoux en train de ramasser des fruits. Tu ne dois pas aller rendre les fruits d'ailleurs, Lucas ?, j'eus du plaisir à savourer son prénom pour la première fois. Et j'aurais pu dire que lui aussi par la brillance de ses yeux quand il l'entendit.

- Tu veux venir avec moi ? Après on ira prendre cette glace.


Je regarde autour et vit d'autres personnes qui portaient des boîtes avec des légumes, fruits et d'autres produits. Ils avaient l'air aussi gentil et sympa. Je n'avais pas mieux à faire et j'avais vraiment envie de rester avec lui. C'était la vérité.


- D'accord pour le bénévolat. Car j'aime ça. On verra pour le verre après... dis-je avec un air qui prétendait être résolu. Mais mon coeur se fondit quand je vis son visage s'illuminer et sa bouche sourire ouvertement; il souriait avec toute sa joie, jusqu'aux yeux. Qu'avait t-il, ce garçon pour qu'il dégage une telle allure ?

- Merci Hélène ! Tu ne vas pas regretter. Je vais te faire passer la plus belle journée de ta vie. Promis.

- Attends, ce n'est que du bénévolat...

- Oh oui! Mais nous nous amusons beaucoup. Tiens, je vais te présenter les amis. Nous sommes une association chrétienne et faisons souvent des activités comme celle-ci. Tu vois ?

- Oui, avec mon église nous faisons souvent des initiatives pareilles, mon coeur battait vraiment très rapide dans ma cage thoracique. Avions nous la même foi ? Pouvait être cela que j'avais vu en lui ?


Quand il entendit ma réponse il freine à sec et se tourne vers moi avec un air que je ne peut pas décrire. Il va faire un pas vers moi, hésite et puis le fait finalement en se rapprochant. Je sente son corps près du mien. Il était plus grand que moi mais il ne me faisait pas peur. Je lui regarda encore avec mes yeux surpris. Je commençais à vraiment aimer sa manière intense de me regarder. Je croyais qu'il voulait lire ce qui avait dans mon âme.


Après quelques secondes, il ne dit rien et puis il changea d'idée et de direction et continua à marcher vers les autres. Une fois arrivés à leur côté il me présenta et ils me accueillirent avec bienveillance et sympathie. Ils étaient tous souriants et joyeux et je me sentis rapidement à l'aise parmi eux.


Les heures passèrent comme des secondes. Je ne me rendais plus compte des boîtes qu'on remplissait, des gens auxquels je parlais, ce qu'on collectait. La journée passait et je me trouvais parmi ces gens comme à la maison. Et Lucas me parlait tout le temps. Je le regardais de plus en plus le long de la journée: sa bienveillance, son aisance, sa bonne humeur. Il était toujours aussi attirant que ce matin mais je découvrais qu'il avait une autre chose. Un quelque chose. Je ne savais pas ce que c'était mais j'aimais de plus en plus le ton de sa voix, ses paroles, son rire.


Ça me rassurait quand je l'entendais au milieu des autres. Ça me faisait plaisir de croiser ses yeux quand il me lançait un regard de l'autre bout. Ça me rendait heureuse de retrouver ses yeux en train de m'observer à n'importe quel moment. Ça faisait battre mon coeur quand il trouvait toujours une excuse pour finir près de moi, toucher ma main comme par hasard en remplissant une boîte et me regarder de près. Il était autour de moi et cela me calmait. J'aimais l'écouter parler. Il était gentil, joueur et attentif. Il me regardait attentivement et il essayait d'anticiper mes besoins: il me tendait la main pour descendre du camion, il me demandait si j'avais soif. Il prenait soin de moi et je me laissais gâter. Et puis qu'est-ce qu'il me faisait rire. J'éclatais en rire et il me regardait, simplement. J'aimais nos conversations spontanées et nos plaisanteries. Les heures passaient et nos yeux se cherchaient naturellement, nos lèvres se souriaient en parlant.


J'aimais surtout quand nous partagions des idées sur notre foi. J'étais contente d'entrevoir ses convictions profondes, sa foi solide, son engagement spirituel. Je pouvais le constater et avais hâte de savoir plus. J'aimais aussi lui parler de mon amour pour Dieu. C'était simple, beau, édifiant. Il m'écoutait et semblait ne pas être d'accord avec la moitié de choses que je lui disais et pourtant il m'écoutait avec curiosité et soif de ma voix. L'intérêt qu'il avait pour moi ne faisait que grandir et il me l'exprimait de manière honnête et courageuse. Il me faisait sentir en sécurité et je lui souriais ouvertement dès que je pouvais. J'étais simplement heureuse quand il cherchait à me faire sourire encore.


À la fin de la journée nous sommes finalement allés prendre une glace. Il faisait beau, on était tous les deux. Le vent nous accompagnait le long de la quai. Il m'a proposé d'essayer un peu de sa glace et il a mis du chocolat partout sur mon visage quand j'ai accepté de goûter. J'ai mis plusieurs minutes à m'en remettre. Était-il en train de rigoler sur mon visage plein de chocolat ? Je ne savais pas par où commencer à nettoyer tandis qu'il me regardait et riait et continuait à manger sa glace tranquillement. J'ai pensé qu'il était un vrai gamin. Mais son rire me faisait tellement plaisir au fond de moi que je ne pouvais vraiment pas m'énerver. J'ai pourtant essayé.

- Non mais, on est bien d'accord que c'est n'importe quoi là, Lucas. Ce n'est pas bien ce que tu as fait. On ne fait pas ça à une jeune femme à laquelle tu jettes des fruits le matin, tu fais travailler toute la journée à droite à gauche et puis tu lui remplis le visage de chocolat. C'est pas galant.

- Oh que tu es belle quand tu essaies de t'énerver, sourit-il - tu es belle même avec du chocolat sur les moustaches, et il éclata encore en rires.

- Mais arrête ! Ce n'est pas drôle du tout !, j'étais vraiment indignée.

- Si tu veux je peux t'aider à l'enlever, dit-il en se penchant vers moi, ses mains déjà proches de ma taille.

- Mais, j'eus à peine le temps de m'échapper - arrête!!!


Il rigole un peu encore et puis il reprend un air sérieux.


- C'est exactement ce visage, dit-il en me regardant avec une lumière spéciale dans les yeux.

- Quoi ? De quoi parles tu maintenant ?, répondis-je toujours occupée à me nettoyer les moustaches, les joues et le menton.

- Ce visage que tu fais, tu fronces un peu ici - il signala entre les sourcils et fut un geste avec son visage comme pour m'imiter - et tu clignes un peu les yeux. Tu deviennes la plus belle femme au monde pour moi, Hélène.


Je rougis entre les mouchoirs pleins de chocolat et mon léger énervement s'est évaporé comme de la fumée.

- Avec des moustaches noirs..., dis-je avec plaisanterie pour me détendre. Mon coeur bougeait à l'intérieur; il battait comme il voulait en ce moment. Ce garçon avait la capacité de me rendre calme et extrêmement inquiète au même temps.


Il sourit, comme s'il savait ce qui se passait à l'intérieur de moi. Il avait fini toute sa glace mais moi je n'avais même pas commencé la mienne qui était dans ma main. Mais c'était plus intéressant de le regarder. Nos yeux s'enlaçaient en silence. Qu'allions-nous devenir ? J'ai désiré très fort que nous soyons l'un pour l'autre, comme dans cet instant, pour toujours.


Je le savais, je ne serai plus la même après cette journée, après cette rencontre. Pouvais-je rêver de cela ? Et si nous pouvions apprendre à nous connaître davantage ? Et si nous nous découvrions complètement jour après jour, ensemble ? Jusqu'à nous connaître entièrement. Si seulement nous pouvions apprendre à nous aimer... et nous rendre heureux. Comme en cet instant.


Je le savais, je lui aimais déjà, à ma manière, avec ce que j'avais dans mon coeur en cet instant précis, en cette fin d'après-midi. Avec ce que je ressentais pour l'homme que j'avais devant mes yeux. Avec qui j'avais partagé une journée merveilleuse. Mais j'aimais déjà celui que j'avais connu et celui qu'il était aujourd'hui. Et je voulais l'aimer encore plus, chaque jour. Savoir plus, mieux le connaître pour l'aimer de mieux en mieux. Plus profondément. Véritablement. Et aimer tout de lui.


Il me regarda comme s'il aurait pu entendre tout ce que je méditais dans mon coeur. Et il va faire un pas vers moi, il hésite, il finit par le faire. Je sente son corps près du mien. Il leva la main et caresse ma joue. Il place une mèche de cheveux derrière mon oreille avec tendresse. J'eus des frissons. Quelque chose se dégageait de nos corps nous unissant, fortement. Je lui regarda avec un regard lumineux. Nerveuse, je mordis ma lèvre.


Il traversa l'espace qui nous séparait comme saisi par un élan et il prit mon visage pour lui, il souleva ma bouche pour lui, il embrassa mes lèvres pour lui. Je sentis sa bouche chercher avec timidité à enlacer mes lèvres pourtant ardemment. Je lui laissa embrasser ma bouche avec passion, il touchait mon visage avec son nez. Je sentis ses doigts caresser mon cou et l'arrière de ma tête. J'ai lui ai entendu me parler sans mots. J'ai écouté dans ses lèvres qui caressaient la peau des miennes des douces paroles. Dans chaque toucher il y avait une telle profondeur et un vif désir que je me laissa transporter à un autre monde; le sien. Dans lequel il me disait avec ses baisers qu'il me désirait, tout de moi, plus que mon corps, moi toute entière pour lui. Qu'il m'aimait. Vraiment.


Quand nos bouches se séparèrent encore nous avions le souffle coupé. J'avais les joues brûlantes. Et sur ma main il y avait la glace qui avait fondu. Je pensa que la glace était un peu comme mes pensées en ce moment, complètement fondues.


Il regarda ma main remplie de glace et sourit. Il prit les restes de la glace et les jette dans une poubelle. Puis avec soin il prit ma main pour la nettoyer. Je me laissa gâter.


- Je t'avais dit, il me lança un regard espiègle.

- Quoi ?, dis-je la tête toujours un peu dans les nuages. Les joues toujours incendiés.

- De ne pas mordre ta lèvre, il me regardait avec douceur et nous échangions un regard complice. J'aimais ses yeux remplis d'affection et ses petites attentions. Il avait fini de nettoyer ma main avec câlinerie. Nos doigts touchant la main de l'autre.

- Ça alors... répondis-je en me plongeant encore dans ses beaux yeux. Et je mordis ma lèvre.


Il me sourit, heureux, et se pencha vers moi.



Crédit Photo: Perchek Industrie

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