• S.Ch.

Dire au revoir avant l'heure

J'étais assise et je devais me lever mais je n'avais tout simplement pas la force. En face de moi il y avait sa chaise vide. L'endroit où il s'asseyait toujours, en face de moi.


Mais maintenant, ce soir, à ce précis instant cette chaise était vide. Et je devais accepter cette pensée écrasante qu'elle demeurerait ainsi... ce soir, demain matin et après demain. Chaque nuit et tous les matins.


Mon âme était tellement attristée que je n'avais plus de larmes. Chacune de mes fibres à l'intérieur de moi pleuraient toutes ces gouttes d'eau que mes yeux ne pouvaient plus verser. Je sentais le poids de la désolation car j'avais l'impression qu'il allait me manquer en permanence, chaque jour. Il allait me manquer sa lumière, sa compagnie.


Bien sûr qu'il allait me manquer. Oui. Mon mari allait me manquer à chaque instant; son sourire, sa présence, le son de sa voix. Discuter ensemble, le voir, l'entendre parler de ses idées passionnément. J'étais consciente que je n'allais plus échanger des regards complices avec lui. Il ne serait plus là pour rigoler en silence avec moi quand l'un de nos enfants faisait une sottise quelconque.


J'allais penser fort à lui dans mon coeur quand cela arriverait mais je ne pourrais plus le regarder. Il ne pourrait plus se plonger dans mes yeux brillants d'amour, de fierté; remplis de confiance. Et je ne trouverais plus en revanche cette paix dans son regard fidèle qui me disait que tout était et que tout irait bien, juste parce que notre vie était belle, parce que nous vivions en harmonie et que chacun avait sa place à la maison. Mais ce soir sa place, sa chaise vide, me rappelait que tout avait changé.


Mes mains tremblaient un peu. J'ai regardé autour de moi en essayant de m'accrocher à quelque chose. Un souvenir. Une photographie. Un cadeau de notre mariage, autant d'années en arrière. Mais mon attention ne pouvait pas trouver du repos dans aucune de ces choses. Quelque part je n'avais pas envie de voir des choses, j'avais soif de voir l'invisible.


Autant mes pensées que mon âme étaient étourdis. Mon coeur aussi, se battait au-dedans. Car je savais que cet homme que j'aimais ne m'avais jamais appartenu et que son engagement à mes côtés avait été l'une de plus grandes bénédictions, même aujourd'hui après son envol.


Et mon coeur continuait lui, à battre à l'intérieur de ma poitrine, même si les battements du sien s'étaient éteint. Et je n'y pouvais rien. J'ai compris simplement que mes propres battements étaient devenus ceux d'une guerrière battue, qui continuait à peine à respirer.


J'ai inspiré profondément car je savais que je devais me lever. Lentement, j'ai arrêté de regarder la chaise vide pour fixer mes yeux sur ma bible devant moi. Je l'avais pris avec moi partout où j'étais allée mais je ne l'avais pas encore ouverte. Je retardais le moment où je trouverais de la consolation dans ses paroles.


Face à la mort de mon époux, de mon ami intime, du père de mes enfants la déchirure était trop profonde et le cri de mes os était fort. Or je comprenais, dans les tréfonds de mon âme, le sens de cette Parole, le message que cela portait face à l'au revoir, même quand celui-ci se présentait à mes yeux devant l'heure.


Je me suis levée lentement et j'ai encore pris l'évangile entre mes mains. Même quand je ne savais pas ce que j'allais lire exactement en ce moment, le seul geste de compter avec ces pages représentait déjà un ancre quelque part dans mon esprit.


Oui, il y avait le doute et oui, il avait l'espoir. Comme un souffle coupé, comme une inhalation longue et coûteuse, comme une exhalation lourde et pesante. J'avais la seule espérance que je trouverai une réponse, du calme, une bouffée, une bouée. La force pour continuer, je le savais.


J'ai fermé les yeux. La mort ne m'avait jamais fait peur. Or cette mort soudaine et inattendue ne faisait aucun sens pour moi. Je devais accepter l'inaceptable. Accepter l'incompréhensible. Et pourtant me voici bien plus petite que je ne m'étais jamais sentie auparavant. Défaite. Rien plus que de la poussière et décombres assemblés.


J'ai ouvert les yeux et mes doigts ont pressé la Parole de vie près de moi. J'y ai pensé quelques secondes et me suis rappelée encore une fois que cette "vie" était autre. Une autre vie. Une vie que nous ne pouvions pas voir, invisible. Vers laquelle nous avions avec mon mari toujours su et dit que nous marchions. Ensemble.


Alors, une vie éternelle... Face à laquelle la mort n'était qu'un pas. Qu'elle soit en temps ou hors du temps selon nos calculs, elle n'était que la ligne de départ dans tous les cas. Je devais écouter : la mort n'était pas la fin. Pour moi cette morte était, certes, la fin d'une routine, des scènes, de moments, de sentiments que je chérissais énormément. À tout cela je disais certes adieu. Mais ce n'était pas la fin, je le savais. Ce n'était pas ma fin ni celle des gens que j'aimais profondément; mon défunt mari, notre famille, nos enfants.


La Parole de vie... ces instructions qui nous conduisent à une autre réalité, un jour. Pour mon mari, il y était déjà. Ailleurs, à un autre endroit. Loin d'ici. Or pour nous, il y avait encore du chemin à parcourir jusqu'à l'atteindre. Encore un peu de temps et alors nous serions à nouveau réunis.


Et il n'y aurait plus de chaises vides mais une grande table remplie et pleine. Nous serions encore nombreux, bien plus nombreux, ensemble et heureux. Et ça ne serait pour dire au revoir jamais à nouveau, sinon pour partager une joie éternelle.


Je marcherais vers ce destin, la tête en haut avec toutes les douleurs de mon coeur. J'ai oublié quelques secondes que je n'avais pas envie car ma conviction était plus forte: je devais me lever. Je l'avais déjà fait. Et le devoir me conduirait, même si je n'avais pas toutes les réponses. J'avancerai avec toutes les incompréhensions de mon esprit et mes convictions profondes; ma foi me soutenant, une lumière éclairant mon sentier dans les jours les plus sombres, une Parole vivante, un Dieu puissant, le seul Fils de l'homme qui était venu nous chercher à chacun au-delà de la mort:


Jésus, Seigneur, prends moi par la main,

fort très fort.

Soutiens mon coeur, de ton souffle suave.

Sauveur des hommes, panse mon âme,

fais moi suivre

Ta vérité,

Ton chemin,

Ta vie éternelle.

Ah!

Ta vie, Éternel.


Crédit Photo: Stephen Leonardi

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