• S.Ch.

Avant de partir

Je la regardais s'éloigner et j'ai compris que je ne la reverrai plus.


Je sentais pourtant son parfum toujours dans le nez; collé à mes vêtements, imprégné dans ma peau. Dans ma rétine sa figure ne me quittait pas. J'ai évoqué comme une rafale son image, son sourire, les traits de son visage. Je croyais toujours entendre le son de sa voix, résonnant au fond de ma poitrine.


Et le souvenir de ses mains caressant mon cou, de ses doigts glissant quelque part sur mon dos m'a fait une sensation étrange au creux de l'estomac.


Elle s'éloignait pas à pas et mes pieds restaient collés au sol. Plus jamais ses grimaces ne me gêneraient. Plus jamais son rire ne me surprendrait de façon inattendue. Plus jamais je ne chercherais à lui faire éclater de joie, d'exaspération, d'émotion. Je ne tremblerais plus sous son toucher électrique. Ses yeux ne me lanceraient plus de regards complices, me parlant en silence de douceur; ses lèvres me confessant sans me le dire combien elles étaient amoureuses de ma bouche. Elle ne me surprendrait plus avec ses pensées. Elle ne m'éblouirait plus avec sa compassion. Tous ses gestes allaient me manquer; sa manière de parler, sa manière de marcher. Même quand elle s'offusquait et s'énervait, cela aussi me manquerait.


À chaque étreinte mon âme crierait en cherchant ses courbes dans d'autres corps.

Et je rêverais debout qu'elle se rapprochait de moi pour prendre ma main et que nous nous enlacions l'un à l'autre fort, si fort, comme si le monde allait s'écrouler et nous allions rester l'un dans l'autre.


Je la regardais devenir de plus en plus petite alors que la distance entre nous augmentait goutte après goutte, comme les larmes que versait mon coeur en cet instant. Mais mes jambes étaient figées, mes os congelés.


C'est alors que j'ai tenté de me persuader que c'était beau de la voir partir, de la laisser s'en aller dans le vent. Et je me suis répété qu'elle n'avait jamais été pour moi, avec ses idées folles, son absence de boussole, ses émotions fluctuantes et ses rêves irréalisables.


Cet amour a basculé dans quelques secondes dans le verre de l'oubli prenant le goût nostalgique d'un amour délaissé.


J'ai vite raisonné que ça allait passer cette angoisse qui opprimait mes poumons, pressant mes battements et coupant mon souffle. Je me suis redressé en inspirant profondément et avalant l'amertume du moment. Je me suis rassuré: aujourd'hui on ne croyait plus trop à ces promesses chouchoutées au nom de l'amour. Il n'y avait plus que les romans pour croire à ces histoires de passion, d'audace, d'honneur et de dévouement mutuel. Oui, le romanticisme était démodé de nos jours.


Les relations étaient volatiles et, comme les oiseaux migratoires, les sentiments se dissipaient aussitôt vers l'horizon.


Je me suis accroché à cette conception de la liberté selon laquelle chacun poursuit sa route à chaque intersection. Et c'était, je me disais, certainement pour le mieux qu'elle l'avait fait ce jour de fin de l'été. C'est ce que je me disais dans mon coeur meurtri ce jour de fin de l'été en la regardant disparaître au loin.


J'étais toujours froid et paralysé, comme un grand rocher froid et immobile. Et alors que je me répétais sans cesse toutes ces choses et ces idées tournaient en spirale dans mon esprit, un désir brûlant m'a envahi tout entier. Il était tellement intense partout en moi que j'ai cru être en flammes:


J'ai eu du vertige en désirant fort, très fort, de la prendre dans mes bras,

de la serrer près de moi, de l'embrasser, et de lui dire, entre baiser et baiser,

que je l'aimais, que je l'aimais, que je l'aimais et qu'elle me manquait déjà

avant de partir.


Crédit Photo: Katarzyna Grabowska
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