• S.Ch.

Foi

J'ai commencé à couler et, au lieu de nager et de pousser l'eau loin de moi, je me suis laissée emporter par son poids léger et sa puissance absorbante.


J'ai fermé les yeux et ignoré que je devais résister cette force inépuisable qui, comme une griffe, tirait de mes os vers le fond.


Au milieu de l'immensité bleue, j'ai arrêté d'insister pour écouter ce sifflement sinueux qui me disait que c'était mieux de laisser tomber au fond de l'océan tout rêve, tout effort.


Je ne me suis plus rappelée de la saveur du lever du soleil. J'ai oublié la beauté d'un "je t'aime" sincère. Toute couleur avait perdu sa brillance. Et l'essence du rire me semblait soudainement peu importante, plein d'absurdité. La raison n'y était plus. Les mots tournaient dans mon esprit sans sens, sans direction, comme une boussole cassée.


Un espace sombre, j'ai découvert dans mon âme.

Un endroit caché, plein de secrets et menaces.

Une porte fermée, une chambre asfixiante.

Et un souffle de vent gelée dedans.

La force du mal et le choix de

la mort.


D'un coup une main m'a saisie et a tiré de moi fortement. Et, avant même que je ne comprenne, ma bouche s'est ouverte pour prendre de l'air instinctivement. Dans la confusion, j'ai entendu quelqu'un me crier ce que je pensais faire. J'avais 7 ans et ma soeur 9 quand elle n'arrêtait pas de me réprimander. Quelqu'un est venu me sauver.


Aujourd'hui, je me demande que ferais je dans ces circonstances... J'ai vu un obstacle qui me semblait insurmontable devant moi et je n'arrivais plus à sortir à la surface pour respirer. J'ai donc arrêté de me battre pour le vaincre, sortir la tête de l'eau et inspirer à nouveau.


Oui, parfois on n'a pas envie de trouver la sortie de cette caverne humide, sombre et froide. On s'allonge sur le sol dur, lacérant et impitoyable en attendant que les battements doux de la vie quittent la poitrine.


Une voix douce arrive avec le souffle du vent. On y tourne le dos:


Pas faite pour me battre,

je ferme encore les yeux

pour ne pas voir en face

la réalité qui nous demande

parfois de sortir l'epée

de cesser d'être molle et de lutter sauvagement

de perdre toute allure, tout charme et devenir

violente.


Vais-je traverser, ce tunnel ?

Vais-je transpercer, cet artifice ?

Vais-je vaincre, ce tueur ?


Écoute moi !

Quand je perds toutes mes forces mon âme s'écrie.


Regarde mes mains ! Sont elles faites pour m'abandonner aux mers ténébreuses ?

Ont-ils été tissées, mes reins, pour qu'ils conçoivent la désobligeance en perpétrant la destruction ?


Desséchée jusqu'aux jointures, mes moelles sont devenues sèches.

L'eau m'entoure sans alimenter ma peau ni humecter mon coeur.

Il oublie de se battre devant les yeux de la fascination.

Il arrête de battre entre les vagues de la délectation.

Face à la blandice, indolent, il ne bat plus.

Dans les lèvres de l'ivresse, il s'arrête.


Je fais appel à celui qui a traversé ! qui a transpercé ! qui a vaincu !

C'est en lui que je mets ma confiance.

Mes tissus déchirés, mes entrailles battues, je ne peux plus avancer...

je peux croire avec férocité.


Et je crois que cette déluge de larmes ne va pas me noyer. Une main est venue me sauver. Et toi, as tu cet espoir ? Crois seulement et vis par la foi.



Crédit Photo: Daniel Torobekov 








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